SABIEN WITTEMAN  
PCXH+47 FLERS  
 
Exposition à 2angles, Espace d’Art Contemporain Flers /Normandie
11 mai – 29 juin 2019



Pour son exposition à l'espace 2angles, Sabien Witteman a choisi de présenter une sélection d'oeuvres datant du début des années 2000 aux côtés de la série PCXH+47 Flers (2019), créée spécifiquement pour 2angles et fruit d'une résidence virtuelle, effectuée à distance de Flers. Cette série inaugure une nouvelle étape de ses recherches plastiques ainsi qu'une approche innovante de la peinture contemporaine dans laquelle elle transpose, au sein du vocabulaire visuel de la photographie numérique, la technique picturale du repentir. Désormais ciblé sur les espaces publics du paysage urbain, PCXH+47 Flers s'inscrit dans la continuité des préoccupations de l'artiste en conjuguant retranscription d'un cadrage, représentation circonscrite au sein d'un écran, effets picturaux de transparence et d'effacement mais aussi affirmation d'une démarche artistique centrée sur la dénonciation d'une société dysfonctionnelle.

Pour PCXH+47 Flers, l’artiste procède en deux temps. En opérant ce qu’elle décrit comme des ’’balades’’ sur google map, elle observe puis sélectionne, pour leur étrangeté, des photographies de ville, issues de la région de Flers. Ce qui constituera le fond de son intervention picturale consiste donc en une version Big Brother du paysage urbain, puisque fournie par la caméra de google map qui, en plus de se glisser dans des interstices qui ne retiendraient l’attention d’aucun photographe, génère toutes sortes de déformations (personnages dédoublés et/ou partiellement floutés, distorsions de certains objets ou figures par effets de cadrage, taille anormalement grande de certains éléments…). Sur ce fragment d’une réalité difforme, Sabien Witteman s’attèle à produire une seconde forme de perturbation du réel en réservant, à l’ensemble des composants de ces ’’street views’’, les différents traitements picturaux du repentir : certains sujets ou zones de la photographie numérique sont laissés tels quels, d’autres sont peints selon leurs tonalités originelles afin de rehausser leur visibilité, d'autres encore, par application de couches successives d’une peinture à la fois transparente et grisâtre, signalent l'existence fantomatique de certains éléments urbains. La superposition discontinue de ces deux types de langages visuels affirme l'atypie d'une indifférenciation entre peinture et photographie. L'association d'un réalisme défaillant à la déstabilisation initiée par cette représentation d'une nature plastique non identifiable, provoque le surgissement d'un univers déconcertant, incohérent, discordant.

Sur le plan pictural, on songe à Edward Hopper face à ces scènes urbaines déshumanisées conciliant tonalités verts jaunes et pâleurs mais aussi aux déformations physiques de Francis Bacon, aux architectures surréalistes de René Magritte et Giorgio De Chirico ou encore au travail de retranscription des effets de la vitesse sur les objets développé par les peintres futuristes.
Dotée d'une véritable nature cinématographique – les photographies numériques proviennent de captures d'écran réalisées à partir d'images filmées par une caméra – cette série convoque notamment les cadrages architecturaux anxiogènes d'Alfred Hitchcock et la dimension fantastique déployée par David Lynch, basée sur une exacerbation ponctuelle, au sein-même du réel, de ses déficiences.

Avec PCXH+47 Flers, Sabien Witteman livre une manifestation hybride, troublante du paysage urbain, siège de l'émergence voire du télescopage de différents niveaux d'altérations d'un réel sclérosé.

Cécile Desbaudard

(1) : extrait du texte de Jacques Py, in catalogue Sabien Witteman 2010/2014, 2013